J’ai relu le Temps de Botchan (éditions du Seuil, traduction de Sophie Refle, 2002-2006) pour le truc d’à côté, et un passage me semblait parfait pour illustrer mes histoires de geta.

Malheureusement, la traduction ne me permettait pas comprendre totalement le passage : les types de socques de bois et de sandales de paille étant nombreux, l’apparition des semelles à l’occidentale suffit-elle à rendre le tout incohérent ? Ou l’était-il déjà ? Et c’est quoi cette métaphore du bambou occidental auquel le bois japonais « s’efforce de succéder » ?

Sur ces entrefaites, j’ai découvert que Casterman, le triste éditeur historique de Taniguchi en France, avait repris la parution du titre. La mention « en sens de lecture original » m’a d’ailleurs étonné puisque l’édition du Seuil l’était déjà en 2002.

C’est en fait que Casterman avait entamé la republication de la bd en 2011, « en sens de lecture occidentale, dans le cadre de la collection Écritures ». L’horrible collection Écritures, avec ses découpages/inversions de cases*. Cette fois-ci l’éditeur a publié le cinquième et dernier volume, avec une traduction de Patrick Honnoré (celle d’Emilie Nogaro, qui s’était chargée des quatre tomes publiés à partir de 2011, semble avoir été conservée).

On remarque que la métaphore du bambou est cette fois compréhensible (la version 2006 était un beau contresens), même si la question des socques et des sandales n’est pas résolue.

 

* Taniguchi s’était fait une raison depuis Quartier lointain :

J’ai d’abord dit ma préférence pour le sens de lecture japonais, mais Fréderic Boilet m’a expliqué que pour toucher le public auquel cette histoire [Quartier lointain] pouvait s’adresser, il fallait absolument adopter le sens de lecture occidental. J’étais d’accord sur le principe, mais je restais très inquiet du résultat car les tentatives précédentes — notamment pour Le journal de mon père — étaient loin de m’avoir convaincu. […] La première édition de Au temps de Botchan, publiée aux éditions du Seuil, était d’ailleurs en sens original japonais.

(Benoit Peeters, L’homme qui dessine: Entretiens avec Jirô Taniguchi, 2012, p.118)

Concernant la dernière édition, je regrette les onomatopées francisées surajoutées aux onomatopées japonaises, là où le Seuil et la collection Écritures avaient fait l’effort financier de faire redessiner les planches. Attention à ceux qui voudraient compléter une collection en mélangeant les éditions, le Seuil avait bizarrement inversé l’ordre de publication des tomes 2 et 3, contrairement à Casterman qui a respecté l’ordre japonais, en 2011 comme aujourd’hui.