On vit dans une chambre d’écho, apparemment. Trois jeux aux titres basés sur le mot “résonance” vont arriver d’ici la fin de l’année.

Raisonnance Marketing

Au dos des trois jaquettes, on pourra lire un charabia comme suit :
“C’est une résonance de la résonance, comme le passé continuant de vibrer dans le présent. Un héritage qui se prolonge. Une nouvelle histoire qui résonne avec une histoire précédente. On ne se contente plus de faire référence au passé, mais à faire résonner le passé avec le présent.”

Ressusciter, remasteriser, refaire, ressortir, renaître, revivre, reu, reu, reu… Qu’est-ce qu’on est bien dans le passé. Il faut dire qu’on vit dans une époque où chaque jour est décrit comme pire qu’hier (genre le prix des composants et des consoles) mais tout de même mieux que demain (elles prendront feu si on y joue pendant les prochaines canicules). Mais au milieu de la déprime, il faut quand même donner envie. Alors comment faire du nouveau quand seul le passé nous est agréable ?
On les lie entre eux avec un mot; une idée tellement originale que tout le monde l’a en même temps : “Résonance”. Pour rappeler quelque chose qu’on connait déjà. Suffisamment nouvelle pour ne pas être simplement une copie. Suffisamment éculée pour ne pas faire peur comme l’avenir.

Consommer indéfiniment le passé

Je repense beaucoup à Ready Player One en ce moment. C’était un livre très moyen, et un film très gênant. Et à l’époque de sa promotion, on rigolait bien du protagoniste qui allait se réfugier dans une époque qu’il n’avait jamais connue. L’œuvre semblait invraisemblable parce qu’elle imaginait une génération tellement obsédée par le passé qu’elle en faisait son présent. La représentation d’un futur qui aurait oublié comment créer. Ocarina of Time ressort une millième fois, et on rigole moins.

L’angle mort du film était certainement le pourquoi. Pourquoi les gens fuyaient dans l’Oasis ? Sur ce point, le livre mettait quand même en avant l’accès gratuit à l’éducation. Point qui n’intéressa personne pour l’adaptation. Rangez vos banderoles, et sortez les caméos de films et de jeux.

Renoncemance

J’ai lu ensuite Ready Player Two. Notre héros, malgré ses succès, s’est fait larguer par sa meuf Art3mis. Parzival est présenté comme quelqu’un qui s’est enfermé dans son monde virtuel et dans sa propre vision des choses. Il y a alors une intrigue autour d’Anorak (j’ai mis les trois pseudonymes nuls à la suite pour le plaisir), l’IA de Halliday - le créateur de l’Oasis - qui veut dominer le monde et emprisonne lui-même l’IA de son amour de jeunesse, Kira. Jolie résonance thématique, et le méchant est le miroir de ce que pourrait devenir le gentil. Malheureusement, toute la course contre l’antagoniste est nulle. Expliquant certainement le peu d’intérêt pour cette suite.
Ce qui m’a marqué c’est que le protagoniste ne veut pas seulement retrouver une époque, il veut retrouver une relation sentimentale qui n’existe plus comme avant. Et, incapable d’accepter qu’une chose puisse être terminée, il devient un stalker dans tout le livre. Comme tout est raconté depuis son point de vue, c’est un malaise à lire de bout en bout. Mais ça parle tout de même de la différence entre refaire et revivre. Recréer le passé ne permet pas de voyager dans le temps.

J’ai des souvenirs très forts de certains jeux. Je les collectionne et les garde affectueusement sous plastique. Pourtant, je suis rarement capable d’y rejouer avec le même plaisir. J’ai admis qu’on ne vit les premières fois qu’une fois. Et j’ai réalisé que malgré l’envie d’expérimenter à nouveau mon passé, donner de l’argent à une ordure était ma limite.

(Breaking News : notre Président vient d’annoncer une collaboration avec le bonhomme pour construire un parc DBZ)

Stalker de l’Espace

Attention : Spoilers.
Pour la fin du livre Parzival change, reconnait ses erreurs, se marie avec Art3mis, et ils ont une fille qu’ils appelent Kira. Le problème est qu’on n’apprécie plus du tout le “héros”, dont le parcours à juste été d’arrêter d’être un connard obsessionnel. Pourtant la récompense de cette prise de conscience est précisément qu’il récupère la relation qu’il voulait. C’est nul.
Mais l’épilogue est tellement pire que j’hésite à l’aborder.
Bon d’accord, mais asseyez vous bien.

On apprend que depuis le début de Ready Player One, le narrateur est une copie IA de Parzival. En fait, lui et tous les gens un jour connectés à l’Oasis ont été dupliqués. Et parce qu’on sait tous que la meilleure version de nous-même est notre persona en ligne, ces consciences sont parties de la Terre avec pour but l’exploration et la colonisation de l’espace sous une forme numérique; réglant ainsi les problèmes du voyage interstellaire. Vous pouvez ramasser votre mâchoire et décoller votre main de votre front.


Fun fact : Art3mis était jouée par Alicent.

Donc l’auteur a complétement lâché la rampe. On était déjà peu persuadé par la morale autour de son personnage principal comprenant qu’il doit arrêter de vivre dans le passé pour finalement… récupérer le passé. Mais cette réponse déjà peu convaincante passe par la fenêtre quand une copie de lui-même symbolise précisément la possibilité d’envoyer le passé devenir le futur de l’humanité.