Passing breeze de Nice
Par Game A le 20 juillet 2026 - WebTouring4 minutes
La traque des photographies prises durant le voyage d’études de Yū Suzuki et de son supérieur en 1986 m’occupe depuis quelques mois. Autant on a désormais une dizaine de captures des bandes vidéo, autant je n’avais repéré qu’une seule photographie, d’abord sur le formidable site de reassembler (Cannonball, le sprite viewer du system 16, un éditeur de circuit OutRun et tant d’autres choses), puis dans une meilleure version sur twitter.
Sur cette dernière version, on distingue la date entière et même la fin de la plaque d’immatriculation.Malgré le nom de l’auteur, deux articles de la même série et l’année approximative (un voyage d’étude « il y a déjà 8 ans », Yoji Ishii qui est « directeur du département de développement n°1 » — comprendre CS1 ?), je n’ai pas encore retrouvé la revue d’origine. Dreamcast Magazine a bien une rubrique du même nom (Game creator densetsu) mais la police utilisée pour la pagination ne correspond pas aux magazines de l’éditeur vers 1994, Beep Megadrive ou Sega Saturn Magazine.
L’article en question est sinon le seul à mentionner un passage par l’Autriche*, ce qui n’est pas aberrant quand on cherche à rejoindre la Suisse depuis la route romantique allemande, au sud-est de Stuttgart.
Revenons à la photo. L’endroit est assez laid et dévolu à la voiture pour être l’entrée d’un hôtel, mais l’envie de retrouver le lieu de prise de vue m’a passé assez vite. La date en bas est en tout cas la même que sur la cassette « Europa 2 ».

J’ai également abandonné pour l’heure l’identification du véhicule qui « n’avait que 500km au compteur »*. Suzuki parle d’une BMW 520 (avec toit ouvrant), Ishii se souvient d’un modèle 3. Les modèles de BMW et les types de 520 à la même période sont innombrables, je fais confiance pour l’instant à la précision maniaque de Suzuki concernant les engins motorisés.
Voilà donc où j’en étais.
Cependant, deux photographies diffusées lors d’une émission japonaise et repérées par Phantomriverstone pourraient bien grossir ce corpus unique. Illustrant « Yū Suzuki à 25 ans » sans autre détail, elles pourraient bien être prises durant le voyage qui nous passionne tous (en mai-juin 86, il n’avait plus 25 ans mais pas encore 28).

La densité du bâti au fond, le goût pour le soleil en plein midi des deux femmes, on l’imagine plutôt à Nice baie des anges que sur une plage asiatique. Le polo noir imparfait de Suzuki également : la semaine d’avant ils traversaient une Allemagne tout juste sortie de l’hiver, leur garde-robe n’était peut-être pas complètement pensée pour le printemps méditerranéen (il me semble qu’un voyage en Californie ou à Hawaï l’aurait amené à bourrer sa valise de chemises légères et colorées).
Cela dit ça pourrait être partout tellement ces espaces sont anthropisés et artificiels ; l’absence de relief côtier visible, les deux palmiers et la présence de sable limitent certes les possibilités, mais en 40 ans, les mairies ont eu le temps de remplacer le sable par des cailloux et de déraciner les palmiers. Note pour plus tard : cela ressemble vaguement à la vue depuis une plage de Juan les Pins ou une autre sur la croisette à Cannes.

La deuxième photographie ne nous apportera pas davantage d’informations, elle pourrait là encore être prise dans n’importe quel coin touristique d’Europe. Il y fait manifestement plus frais, et je présume que peu de jours séparent les deux clichés (c’est le même jean non ?).
Qui dit tourisme dit stéréotype, y compris dans ce qui motive une photographie, et comme la bière semble constituer une boisson de circonstance (dans la pogne de Suzuki et sur le plateau de la femme derrière lui), je parie pour un cliché pris en Allemagne quelques jours avant, un jour pas trop moche.
En parlant de choses moches, on appréciera la banane, le bas violet et la veste jaune de la cliente à gauche. C’est un bon remède à la nostalgie : que ce soit l’Allemagne ou la côte d’Azur des années 80, il n’y a pas lieu de regretter tout ça.
* « 1986年5月、当時の上司である石井洋児(現第一開発部部長)とともにフランクフルトに降り立った鈴木は、そこで車―まだ500 kmほどしか走っていないBMW 520だったを借り、ヨーロッパ旅行を開始した。
ドイツ、オーストリア、フランス、スイス、イタリアそれらの国々を、鈴木たちは約2週間かけ、ずっと車でまわった。もちろんその間、つねにビデオやスチールカメラで、車窓から見える景色を写しつづけた。それこそが、彼らの最大の目的だったからだ。 »
Selon deepl, « en mai 1986, Suzuki et son supérieur d’alors, Yoji Ishii (actuel directeur du premier département de développement), atterrissent à Francfort. Là-bas, ils louent une voiture — une BMW 520 qui n’avait encore parcouru qu’environ 500 km — et entament leur voyage à travers l’Europe.
Suzuki et son collègue ont parcouru l’Allemagne, l’Autriche, la France, la Suisse et l’Italie en voiture pendant environ deux semaines. Bien sûr, tout au long de ce voyage, ils n’ont cessé de filmer et de photographier les paysages qui défilaient derrière les vitres de leur voiture. C’était en effet leur objectif principal. »

Commentaires
Rah, encore! <3
Et en tant que développeur, je peux confirmer que ce genre de choses, voyages et expériences “pour de la recherche” est devenu rare pour ne dire inexistant. C’est une capsule temporelle, comme les jeux qui les ont inspirées eux même.
Merci pour le commentaire !!!
Relire “Pixoshiru” sur le site est une autre capsule temporelle d’ailleurs, ça me fait super plaisir. :D
La disparition des voyages d’étude, c’est malheureusement un symbole de la dégradation de votre travail, comme vous en subissez tant (et tellement de travailleurs en général) depuis des années.
C’était en effet une autre manière de travailler mais en tout cas ça a alimenté l’esprit de Yu Suzuki avec bonheur quand on voit le résultat final : Out Run, c’était exceptionnel.
Merci pour ton commentaire !
Je partage le même avis sur Out Run. :)
Je réalise que Yoji Ishii venait tout juste de succéder à Norio Yasuda à la tête de la R&D1 quand il a entrepris ce voyage (Yasuda a quitté Sega en 86 d’après Ishii). Une façon comme une autre de célébrer sa prise de galon.
Concernant les voyages “pour le travail”, je sais qu’il y en a eu par la suite pour Sega Rally, Sega Touring Car ou encore Sonic Adventure 1 (et même 2 d’une certaine manière, vu que l’équipe Japonaise s’est installée aux US pour s’imprégner de l’atmosphère locale).
Ce serait intéressant de parvenir à faire la liste de ces voyages de repérage. A part la Chine pour Virtua Fighter 2 et le Costa Rica pour Sport Fishing II, j’ai rien de plus dans ma mémoire limitée (et encore pour le dernier c’était pas du repérage, c’était pour filmer ce qui allait devenir le jeu).
Je découvre l’importance et l’héritage de Yoji Ishii. J’aime beaucoup ce que je lis sur lui et de lui, j’ai l’impression d’une humilité rare à son poste de responsabilité.
Exemple là https://www.4gamer.net/games/999/G9… :
« J’occupais plutôt un rôle de producteur proche de celui de directeur d’Outrun. Au départ, j’étais le directeur, mais comme nous développions aussi Fantasy Zone en même temps… De mon point de vue, je m’investissais autant dans les deux projets, mais Hiroshi Hamagaki, qui s’occupait des graphismes, disait que je ne faisais rien (rires). Yu m’a aussi demandé : “Conçois-moi des circuits.” J’en ai imaginé deux environ. Mais c’est un titre dont Yu a assuré l’essentiel de la conception, depuis l’idée de départ. »