Rivington F. Hight, premier en haut à gauche, lors du toast d’ouverture d’Atari Far East Japan en 1982. Au premier plan Masaya Nakamura (Namco) - source : Coin Connection.

Kogan me fascine toujours autant, et je ne peux m’empêcher de reposter ce message de condoléances paru dans Game Machine n°233, un des plus longs et des plus éclairants sur la personnalité de Kogan :

Sa famille et ses amis très proches l’appelaient Misha ; ceux qui travaillaient dans l’industrie en dehors du Japon l’appelaient Mike ; et nous qui travaillions sous ses ordres l’appelions MK. Lui s’adressait toujours à nous par un “Monsieur”. J’ai travaillé pour Taito au Japon pendant quatre ans et demi, puis en Australie pendant deux ans, mais c’est pendant la période de Tokyo que j’ai été le plus proche de MK. Pendant cette période, j’étais le seul étranger, à part MK, dans une entreprise japonaise, car Taito est une entreprise japonaise, c’est-à-dire que les employés ne savent pas quand rentrer chez eux. Presque tous les soirs, les services d’import-export travaillaient très tard et, bien sûr, MK était là aussi. Il était infatigable et aimait son travail, en particulier les affaires internationales ; il exigeait de lui autant qu’il exigeait de ses employés. En dehors de son travail, il ne semblait pas avoir de véritable passe-temps, mais je crois savoir que, dans sa jeunesse, il était un sportif passionné, particulièrement intéressé par la boxe et le karaté. D’ailleurs, je crois que la première fois où MK a rencontré M. Nakanishi était dans un cours de karaté. Parfois, pendant le déjeuner, qui consistait pour MK à manger une pomme et un sandwich à son bureau, il se rendait au sixième étage et jouait plusieurs parties rapides de ping-pong. Il était très doué (il avait sa propre raquette), si bien qu’il n’était pas nécessaire pour les employés de laisser le patron gagner. La plupart des directeurs des branches internationales étaient jeunes et inexpérimentés au moment de leur embauche, ce qui lui a causé quantité de maux de tête. Je suis sûr qu’il a regretté plus d’une fois d’avoir préféré la jeunesse à l’expérience, mais il n’en reste pas moins qu’il a aimé nous enseigner et nous regarder évoluer. En interne, beaucoup d’entre nous l’ont critiqué pour son apparente désorganisation et sa procrastination, mais la vérité est qu’il était une figure paternelle pour nous, que nous le respections, l’admirions et que nous recherchions continuellement son approbation et ses louanges. MK était un entrepreneur avant tout, et il en a inculqué l’importance à tous ceux qui travaillaient pour lui. Le succès de Taito est principalement dû à sa compréhension de ce qu’est une société d’exploitation. Lorsque j’ai commencé à travailler dans l’entreprise [vers 1975], j’ai dit, à propos d’une proposition d’achat de jeux, que dans le pire des cas, si nous ne pouvions pas les revendre, nous pourrions au moins les rentabiliser en les exploitant nous-mêmes [dans les salles d’arcade de Taito je présume]. Immédiatement, MK a rétorqué que si on ne pouvait pas les vendre, on ne pourrait pas non plus les exploiter de manière rentable. Il n’y a pas de place pour un mauvais jeu, les mauvais jeux ne s’améliorent pas. Acceptez la perte et sortez du jeu ! Votre première perte est votre meilleure perte. Lorsqu’un membre de l’équipe de Taito Japan se rendait aux États-Unis, il devait plus souvent qu’à son tour retourner au Japon via San Francisco en rapportant dix kilos de caviar dans ses bagages. Bien que nous détestions tous les transporter jusqu’au Japon, nous aimions tous manger les œufs de poisson orange vif lors de l’une des célèbres fêtes JAA [Japanese Amusement Association] de MK. Au départ, il s’agissait de petites fêtes privées à son domicile, mais chaque année, elles prenaient de l’ampleur jusqu’à ce qu’il ne soit plus ni possible ni pratique de les organiser chez lui, et elles ont donc été transférées au club. Un déménagement dont Mme Kogan était sans doute reconnaissante, non pas parce qu’elle avait moins de travail, mais parce que ses magnifiques tapis chinois étaient moins malmenés. La liste de ceux qui ont appris comment boire et ne pas boire de la vodka lors de ces soirées ressemble à un who’s who du secteur, et bien que pendant des mois ils se soient excusés auprès de MK, il n’en prit jamais ombrage ; en fait, il disait souvent que certaines de ses relations les plus durables s’étaient nouées sous la table. Un endroit, d’ailleurs, où personne n’a jamais vu MK. C’était un homme très privé et sensible, qui ne parlait que rarement de lui-même ou de sa famille, et lorsqu’il parlait de sa vie, c’était le plus souvent de manière très générale. Il n’a jamais aimé la publicité et être au centre de l’attention. Je suis donc probablement allé plus loin que ce qu’il aurait voulu, et je conclurai donc en disant l’évidence : c’était un géant, au sens propre comme au sens figuré, qui manquera à l’ensemble du secteur, mais en particulier à ceux qui ont été à son contact, qui ne l’oublieront jamais et continueront à l’admirer. J’ai encore du mal à croire qu’il est parti et que je ne pourrai plus jamais m’adresser à lui pour obtenir des conseils et de l’aide de dernière minute [close-out]. « M. Hight, prenez note ! »

Rivington F. Hight (managing director of Atari Far East Japan Ltd}

* Je ne suis pas très sûr de la traduction. L’original : « MK was an operator first, last and always and he pounded the importance of operating into each and every person who worked for him. The success of Taito is due mainly to its strength as an operating company. »