Gageons que l’éditeur diffuse plus d’informations dans les prochaines semaines, bientôt trois ans après la sortie en France du dernier opus en date sur DS. […]
Gageons qu‘il suffira quand même à occuper les fans de Fantasy Wars attendant avec impatience cette suite prévue pour le mois prochain. […]
Avec ce nouveau héros blondinet, qui manie aussi bien la roulette de casino que les deux-roues, gageons que les massacres auront lieu à la pelle ! […]
Ce jeu de course profitait dans ses précédentes éditions d’une réalisation et d’un gameplay tout à fait honorables - et réalistes qui plus est - alors gageons que ce nouvel épisode saura faire au moins aussi bien… […]
Gageons que le gameplay de ce futur jeu de stratégie en tour par tour saura nous faire oublier son manque d’innovation visuelle lors de sa sortie, qui semble avoir été repoussée au mois d’avril prochain par l’équipe du jeu.

Divers auteurs, sources : Gameblog et Gamekult.

« Gageons que » est peut-être le tic d’écriture le plus courant chez les journalistes de jeux. La tournure emplissait les rubriques « nouvelles » de nos Player One et demeure encore fréquente aujourd’hui (voir les liens plus haut).

Sa fortune n’allait pourtant pas de soi : le verbe gager, quasi défectif, est particulièrement inélégant. C’est irrésistible : j’entends « gageons » et j’imagine un poisson au comportement idiot. La morphologie n’arrange rien : la consonne vélaire (ga), suivie d’une consonne chuitante (ge) et d’une voyelle nasale finale (ons) obligent à une gymnastique articulatoire qui manque foncièrement de charme (faites l’expérience devant une glace).

En alternance avec des locutions au sens proche (elles aussi à l’impératif présent), type « souhaitons que » ou « espérons que » (exemples chez Gameblog), elle truste les conclusions de la plupart des previews. Cependant, comparées à ses deux concurrentes, « gageons que » apporte une désagréable nuance de ravi de la crèche. Car si le souhait et l’espoir soulignent une forme d’inquiétude (on attend, on ne sait pas), le « gage » signale que l’on est davantage sûr de soi ; assez pour prendre le risque du pari en tout cas.

La première personne du pluriel utilisée m’interpelle souvent : qui compose à l’origine le « nous » de l’affaire ? L’ensemble des rédacteurs ou la communauté entre l’auteur et le lecteur ? Peu importe à vrai dire : ce « gageons » soumet de toute façon le lecteur à suivre le pari du rédacteur.

Et quelle idée de « poser des gages » sur l’amélioration d’un jeu avant sa commercialisation ! L’expérience montre pourtant que, dans l’immense majorité des cas, les défauts constatés dans les versions beta testées par la presse se retrouvent dans les jeux commercialisés. Et malgré cela ils continuent de parier à longueur de brèves… (en partie avec notre argent, par la force de la conjugaison).Tant de confiance force le respect, même si certains mauvais esprits pourraient y sentir un côté putassier dans leur manière de prendre de telles pincettes avec les développeurs. Très christisque en tout cas : les rédacteurs n’hésitent pas à tendre la joue. Et la nôtre.

Mais après tout, pourquoi devrait-on espérer que le jeu s’améliore ? L’existence des mauvais jeux est un fait, loin d’être si grave. Manifestement ce n’est pas le point de vue des rédacteurs. C’est que ce « gageons que » est un puissant outil de compromission au bénéfice du journal : tout en évoquant les problèmes, il ne froisse pas les éditeurs (au point que c’est l’auteur qui parie, pas eux qui jurent) et captive les lecteurs jusqu’au test dans un prochain numéro.

Vieillot, enroleur, faussement béni-oui-oui, tout cela dans une expression d’abord là pour obtenir le compte adéquat de lettres et finir sur une conclusion facile et a priori vide de sens. On en a banni pour moins que ça.