La faute à la manette !

Sauf que les pêcheurs de calmar japonais sont présentement à dormir


Alors oui, Sega Marine Fishing, j'en ai déjà parlé. Longuement. Mais je tombe sur ce chapitre de Richard Brautigan, dans Tokyo-Montana Express (éditions 10/18), et le niveau du port s'applique invinciblement au texte. Comme si l'un, le décor du jeu, avait été conçu précisément pour l'autre, le texte.
C'est incroyable comme impression, ça donne envie de la partager, et de vous faire connaître le texte, tellement magnifique.

De toute façon, comme vous n'avez toujours pas joué à Sega Marine Fishing, prenez ça comme une piqûre de rappel.

Sauf que les pêcheurs de calmar japonais sont présentement à dormir

Que c'est pour ça que, ce matin, j'ai oublié la bouteille. Parce que les pêcheurs de calmar japonais sont présentement à dormir et que moi, j'en étais encore à me les représenter en plein sommeil.
Hier soir, avant d'aller me coucher, sur le coup d'une heure, je les observais qui traquaient l'encornet. Ils avaient ancré leurs bateaux sous mes yeux, là-bas, dans l'océan Pacifique et il y avait des lueurs qui brillaient à leurs embarcations. C'étaient les lumières dont ils se servaient pour attirer l'encornet. Il y avait quatre bateaux les pêcheurs de calmar japonais les avaient parfaitement disposés - tels quatre étoiles dans le ciel. Ils en avaient fait une constellation bien à eux. Voilà pourquoi j'ai oublié ma bouteille. Parce qu'alors je me les suis représentés en train de pêcher jusqu'à l'aube et, peut-être même, de boire un coup ou deux avant de s'endormir. J'aurais mieux fait de m'occuper de ma bouteille au lieu de songer à mes Japonais de pêcheurs de calmar endormis.
La bouteille? C'est celle qu'il y a un mois j'ai apportée au Japon avec moi.
Son histoire est relativement intéressante. Un soir, quelques semaines avant que je ne quitte San Francisco pour le Japon, j'étais assis dans un bar avec quelques amis lorsqu'il nous vint l'idée d'écrire des petits messages et de les fourrer dans une bouteille que j'emporterais au Japon avec moi pour là-bas, la jeter à la mer.
Le barman - c'est un de mes bons amis -, nous trouva une bouteille vide fort solide (son dernier occupant ? Un Drambuie) et tous, nous nous mîmes à rédiger des messages sans toutefois nous les montrer.
Adoncques, chacun s'écrit son petit mot sans le faire voir au copain et puis se l'enfourne dans la bouteille : au bout de quelques heures, il y en a bien de trente-cinq à quarante. Le tout donne une idée assez fidèle de ce qu'il peut se passer dans un bar d'Amérique en une soirée.
Mon barman d'ami remet le bouchon et scelle la bouteille à l'aide d'une cire très résistante dont il se trouve en possession parce qu'il est aussi calligraphe et use d'un sceau pour signer les mots qu'il écrit si jo1iment. Un vrai travail de professionnel que ce bouchage de bouteille : saoul et heureux, je 1`emportai chez moi.
Quelques semaines plus tard me l'emmenai au Japon pour la jeter à la mer et lors, la laisser errer au gré des marées, peut-être refaire tout le parcours en sens inverse et, trois cents ans plus tard, être retrouvée eu Amérique, faire la une des média ou, tout simplement, se briser contre un rocher californien, avec des tas de morceaux de verre qui coulent à pic cependant qu'alors libérés les petits mots flottent un instant leur courte vie avant de se confondre avec la masse des résidus indistincts qu'anonyme, la vague dépose sur la grève.
Jusque-là pas de problèmes, sauf que ce matin je l'ai oubliée, cette bouteille : parce que je songeais à mes Japonais de pêcheurs d'encornets qui dormaient. Et puis, j'ai quitté mon appartement d'Ajiro avec quelques amis qui avaient loué un bateau - afin que tous, nous puissions pousser bien au large et là, jeter la bouteille à la mer avant de nous mettre à pêcher nous aussi. Mes amis japonais avaient bien aimé l'histoire de la bouteille et mouraient d'envie de jouer leur rôle dans son départ. Lorsque nous sommes arrivés aux docks, juste devant le bateau qui nous y attendait, ils m'ont demandé où elle était.
J'ai eu l'air très surpris. Il m'a bien fallu dire que je l'avais oubliée - la vérité est d'ailleurs qu'elle n'a jamais quitté la compagnie de mes Japonais de pêcheurs endormis. Qu'en fait, elle se trouve même sur une table de nuit plantée au beau milieu de tous leurs sommeils et que là, elle attend que la nuit arrive.
Pour enfin pouvoir se joindre à leur constellation.



Richard Brautigan, Tokyo-Montana Express, 1979, éditions 10/18, pp.21-23.

Commentaires

1. Le lundi 14 janvier 2008 à 02:19, par Fredevils

Une pitite question comme ça qui n'a rien à voir....

Pourquoi, messieurs A + B, ne pas créer un forum ?

J'imagine bien que c'est beaucoup plus casse-yeuks à gérer, mais après tout, vue l'envergure que lafota est en train de pécho, et pour lui donner un nouveau souffle, why not ?

Je peux développer les pro-arguments idéocentrés pour en faveur de ifyouwant.

Chnu.

2. Le lundi 14 janvier 2008 à 20:05, par Game A

Hum. Comment dire.

J'ai mis une semaine pour faire fonctionner 15 lignes de php (le compteur en bas - si si, vraiment une semaine), alors un forum...

Je demanderai à B. Même si le manque de souffle vient de ma faute à moi qui n'ai pas assez de temps pour poster comme je devrais. B, quand il n'engueule personne dans les îles, reste au top, lui.

3. Le mardi 15 janvier 2008 à 10:44, par Fredevils

Otchi.

J'ai bien conscience que c'est une lourde galère, je m'y suis déjà risqué.

On va dire que j'ai fait un rêve : lafota est sans-doute le meilleur site consacré (à la base) aux jeux vidéo sur lequel mon ennui est jamais tombé (contrairement à ce que pourrait laisser fourbement penser l'adverbe, je confirme qu'il est tombé).

L'intéraction y est cependant minimale (mais j'adore hein), et c'est dommage parce qu'on a sous la main, à la lecture, même rapide, de belles grandes gueules, en bref un gros potentiel forumique.

Bon, je lance l'idée, conscient de l'ardurité (euh... ça existe ?) de la chose, je vais pas la jouer client de anadoo mécontent voire au bord du suicide si vous n'y donnez pas suite.

Merci pour avoir ouvert lafota, c'est déjà beaucoup.

Chnu

Fred.

Suivez les commentaires par fil rss...

Ajouter un commentaire