Sound Voyager
Par Game A@lafaute..., mercredi 9 janvier 2008 à 16:07 :: Now playing...
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À la première écoute, les yeux fermés, on pense 1986. Out Run : des nappes de synthé languissantes comme des vagues sur une plage de sable blond, une belle voiture, des kilomètres d'asphalte.
À la deuxième, on dit non, pas tout à fait Out Run... On cherche ; cette boite à rythme un peu guerrière au milieu du morceau ressemble un peu à celle d'Afterburner (1987, Sega aussi), mais la ligne de téléphone coupée que l'on entend à la fin du premier tiers du morceau, comme un signal de vacances... non, ça ne correspond pas.
Encore une écoute...
Ça y est ! Cette musique semble tout droit sortie de Power Drift, de Sega aussi (1988) ; la course C par exemple, avec sa musique, Silent Language.
Toujours avec des voitures, toujours avec des belles plages, des palmiers et des couchers de soleil.
Allez, vous pouvez bien l'écouter une dernière fois, moi je n'arrête pas depuis 3 semaines.
Laissez les racines des palmiers plonger profond dans votre tête. Vous pressentez leurs feuilles qui s'épanouissent ? L'horizon se dégrade-t-il de l'orange au violet ? Alors vous pouvez ouvrir les yeux.

Devant vous, Metal Black, shoot 'em up horizontal de Taito, sorti en 1991 (et repris sur la compilation qui n'existe pas, Taito Legends 2 - PS2, PC). La musique n'est pas de Hiroshi Miyauchi, le génie des productions Sega citées, mais de Yasuhisa Watanabe (Yack.), membre jusqu'en 2000 de Zuntata, équipe interne de Taito responsable de quelques perles musicales (Darius Gaiden, Ninja Warriors, etc.).
Plus précisément, devant vous, la caverne organique, les monstres informes et la vue subjective correspondent au second stage bonus du jeu, après le 3e niveau.
Déçu par le spectacle ?
Le retour à la réalité est difficile ? (Ironiquement, le morceau s'appellait Non-fiction.)
Parfait, c'est exactement l'état d'esprit qui convient à la situation : c'est qu'en 2052, des hordes extra-terrestres ont ratissé la planète grâce à leur technologie supérieure. Les palmiers ont disparu.
Dans votre cockpit, c'est ce qui doit motiver votre survie dans cet univers post-apocalyptique : repenser à eux, et venger la disparition des palmiers.
Peu de choses ont survécu à l'invasion d'ailleurs. Par exemple, hasard des guerres d'extermination, les designers et les dessinateurs industriels ont tous péri. Résultat, le Black Fly (les publicitaires aussi sont morts), votre vaisseau et le dernier espoir de la planète, est le plus moche de l'histoire du shoot 'em up : il a un goitre.


Par contre, les scientifiques, qui ne loupent jamais une occasion de faire les intéressants, ont survécu : ils sont parvenus, les petits malins, à rétro-ingénierer l'armement ennemi et à exploiter la même source d'énergie (des sortes de brins d'adn moches flottant dans l'air). Heureusement d'ailleurs : à part ce laser (4 niveaux d'accumulation tout de même, convertibles en gros rayon ou en nuée d'éclairs), rien d'autre ne vous aidera : pas de tir arrière, en diagonale, de bombes air-sol, etc. En fait, avec Metal Black, oubliez 15 ans de raffinement du shoot 'em up. Sauf la série Darius (Taito aussi), j'y reviens.

Ne croyez cependant pas que le jeu est mauvais. Au contraire, malgré son absence de sophistication, Metal Black est incroyablement attachant. C'est qu'il a le charme de ses imperfections, le charme du travail non terminé. Pas celui typique de l'esquisse (la fraîcheur des jeux amateurs par exemple - voir les Player's Digest de Pixoshiru à ce sujet, ou celle des jeux sortis prématurément, Cleopatra Fortune par exemple, autre jeu Taito), mais plutôt l'attrait des brouillons, du travail raturé, abandonné, repris, comme Les aventures de Moktar et Titus the fox, Super Mario Bros 2 et Doki Doki Panic : sous chacun d'eux, en palimpseste, un autre jeu est encore en dépôt, parfois palpable. Ainsi, sous Metal Black, c'est un Darius qui se cache.
Du Darius III avorté, Metal Black a conservé peu de traces : le jingle avant l'arrivée d'un boss (mais pas l'inscription "Warning") et beaucoup d'ennemis aquatiques, dont un proto-Titanic Lance tout moche.
Le projet Darius III abandonné, renommé Project Gun Frontier II sans plus de rapport avec Gun Frontier I, il a fallu noyer le poisson, éponger l'univers aquatique par des retouches grossières et remplir les vides. C'est l'autre charme de Metal Black : avoir été complété par un peu n'importe quoi (Giger, des clones, des robots, l'ADN, etc).
Les sprites sont affreux, défigurés pour faire oublier leur lointaine ascendance (exemple le boss final), sans cohérence graphique, et avec des patterns parmi les plus misérables que j'ai vues : prenez ceux-là, qui se déplacent en groupes ; ils arrivent, stoppent, tirent toujours à 45 degrés puis repartent. Ou lui, une sorte de ver qui n'apparaît qu'une fois dans le jeu, si minable qu'on le délaisse jusqu'à ce qu'il vous écrase entre le plancher et le plafond qu'il a faits se rejoindre.

À gauche, simili Titanic Lance, boss poissonneux sur plusieurs écrans.
Enfin il y a celui-là, le boss le plus laid de l'histoire, un truc arachnéen qui va et vient en déplaçant une grosse boule qui tire des lasers, le long d'un monstre (l'article wiki us parle d'opabinia...) qui prend la moitié de l'écran et ne fait rien, sinon agiter un truc avec des dents pour charger le super tir du boss. C'est à vivre.

Tout n'est pas manqué heureusement. Vous savez déjà que la musique, constamment décalée, jamais totalement adaptée à la situation, est parfois magnifique.
Il faudrait aussi parler des effets psychédéliques continuels et souvent laids (explosions des boss, arrière-plans, combats de super tirs entre les boss et votre mouche noire - essayez, c'est amusant) et de certains moments incroyables, comme le deuxième niveau et sa surprise finale - non je ne vous dirais pas quoi, je ne suis pas comme ça.
En tout cas, je vous dirais de l'essayer fissa. Il est court, 6 niveaux, et mérite les 20 minutes que vous y passerez - les continues sont infinis.
Metal Black est un jeu rare.
Rare parce que ni bon, ni mauvais - seulement de mauvais goût.
Rare parce que derrière le métal sans valeur, on pressent une transmutation alchimique ; parce que derrière la vilaine petite mouche, on croit apercevoir un animal aussi noble que les vipères.
Rare enfin parce que ce jeu parvient, alors que la terre est détruite et que vous êtes englué dans un boyau saumon infesté de monstres violets, à réveiller votre goût des belles choses, et votre mélancolie des palmiers.
Commentaires
1. Le samedi 22 décembre 2007 à 14:27, par OTIA
2. Le jeudi 10 janvier 2008 à 11:55, par pifou
3. Le vendredi 11 janvier 2008 à 18:09, par Game A
4. Le vendredi 11 janvier 2008 à 18:26, par Game B
5. Le vendredi 11 janvier 2008 à 19:22, par Menstruel
6. Le samedi 12 janvier 2008 à 01:04, par Dereck
7. Le samedi 12 janvier 2008 à 03:31, par Synesthesia
8. Le samedi 12 janvier 2008 à 03:32, par Synesthesia
9. Le vendredi 18 janvier 2008 à 17:04, par Depassage
10. Le dimanche 20 janvier 2008 à 00:05, par Game A
11. Le dimanche 20 janvier 2008 à 21:08, par Game A
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