Vous avez échappé pendant un an à un billet sur David Douillet Judo (et pour toujours d'ailleurs, un prézydent suffisant à notre peine, pas besoin d'un jeu de droite). Vous serez donc d'accord que, hé !, on ne peut pas tout avoir, et que donc deux, trois billets sur la Game Boy Camera ne sont finalement qu'un moindre mal.

Le premier coup d'oeil au "jeu" donne mal à la tête et aux yeux. Mal à la tête parce qu'il est incroyablement compliqué, avec des menus de partout, des choix contextuels dans tous les sens, des confirmations pour chaque étape de manipulation d'une photo. (Une tentative d'organigramme, incomplète, est proposée sur gamefaq.)


Les 5 choix proposés après l'écran start : shoot, view, play, et deux pages d'options diverses.


Choix avant (avec un exemple), et après la prise de la photo.

Ensuite, on a mal aux yeux, parce qu'à cet organisation foutraque s'ajoutent des écrans successifs qui n'ont aucune cohérence graphique entre eux, allant du marrant au moche.


Bref, au premier coup d'oeil, la mauvaise impression est tenace (ne parlons même pas du Game Boy printer), et on comprend pourquoi ça coûtait 4 euros au magasin.
Mais il y a un "mais". Parce que le machin n'a pas été produit par Big ben Interactive ou THQ, mais par Nintendo, qu'on ne peut pas accuser de torcher trop rapidement ses productions. Autant dire que la Game Boy Camera jure au milieu des autres produits de Mario, surtout à côté des jeux si chiadés de ce psychorigide de Miyamoto, c'est évident ("non, tu ne peux pas encore sauter, peu-importe que cela fasse 5 minutes que tu joues, on est juste au début du tutoriel, tu attends comme tout le monde").

Et là vous savez que je vais dire "Gunpei Yokoi". Ha ha, ce que vous êtes perspicaces et ce que je suis prévisible.
Car oui, Gunpei Yokoi ! Enfin pas tout à fait, j'allais dire "Hirokazu Tanaka". Tanaka bossait pour lui depuis les années 80 (il s'occupait de musique, et a notamment signé celles de Metroid, Balloon Fight, Super Mario Land, etc. ; bref je l'aime aussi) et c'est lui, Hirokazu Tanaka, qui a designé la Camera (ah !) et le printer (oh).
Enfin si, j'aurais tout de même dit "Gunpei Yokoi" pas loin, parce que son ombre, ses productions, voire son nom (dans les remerciements) se retrouvent partout dans le logiciel, et forment une manière d'hommage énorme à ce type, mort en 1997 et qui a inventé 80% de ce qui est bien chez ces ingrats de Nintendo.



Game & Watch dans l'interface, Mario Brothers et anciens jouets tous inventés ou développés par Yokoi dans l'album bonus de la Camera.

En fait, en dehors même de l'objet, dont vous pensez bien que je vous reparlerai, la Camera est géniale parce qu'elle fait office de chaînon manquant entre le passé de Nintendo et de la R&D1 (le studio interne de Yokoi), et son futur, qui viendra d'ailleurs aussi de la R&D1 : elle annonce rien de moins que Wario Ware. Et ben ouais. Ça en jette hein ? Comment ça, non ?!

source : nintendo.co.jp
Du passé (Sky skipper à gauche, Sherrif au centre) au futur (Wario) dans l'album bonus.

Si si, "totemo tutafé" dirait Game B. Ce que propose la Camera en 1998, c'est une esthétique de la discontinuité, de la rupture, ce que Wario Ware, 5 ans après, allait consacrer (Wario Ware qui lui aussi, en matière de clins d'oeil à Yokoi, se pose là).
Bien sûr, cette rupture en 1998 est avant tout graphique[1], quand elle sera également ludique et ergonomique dans Wario ware, mais l'essentiel est là : l'idée d'un zapping incessant, de proposer mille choses différentes, une sorte de travail continuel sur le mélange, mes souvenirs de lycéen me dirait de salad bowl.

Notes

[1] Mais pas que : la Camera propose également des mini-jeux, dont une reprise de Ball (avec votre tête), Space Fever II, suite d'un vieux shoot arcade, un jeu de course (Run run run) ; enfin un "jeu" de création de boucles musicales, très très chiant, bien plus que celui que Mario paint proposait ;

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Mario Paint qui incorporait lui-aussi un mini-jeu, repris dans les Wario Ware et dans Picross DS (celui où il faut écraser les mouches) ; Mario paint dont j'aurais pu parler avant, puisque lui-même annonçant 6 ans avant cette rupture, mais bon, vous savez ce que c'est...